Serment d'ivrogne - Etudes de l'impact des serments sur les engagements présents

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Contes à Rebours

Serment d'ivrogne

Mon ami Fritz, qui vient de mourir, était bien le meilleur des hommes; il ne pouvait rien refuser, ni faire la moindre peine à personne. Aussi quand on l'invitait à prendre un verre, il ne refusait jamais. Cela alla bien jusqu'en 1852. Le vin était alors très bon, et Fritz se laissa trop aller à la boisson. Presque tous les soirs, il fallait le ramener chez lui, et comme il n'était pas très robuste, cette soif toujours renaissante et toujours satisfaite outre mesure, altéra profondément sa santé et ses affaires commencèrent à aller de travers.

Ses nombreux parents, voyant cela, se réunirent un soir chez lui. Sa femme et ses enfants, son beau-père et sa bellemère, ses oncles et ses tantes, bref toute sa parenté le conjura de renoncer à sa malheureuse passion, et il le promit en invoquant le nom de Dieu. Dès Iors Fritz ne but absolument plus. Cependant les forces de Fritz s'en étaient allées, il maigrissait à vue d'il, et ne pouvait presque plus se tenir debout. Alors on s'adressa à un "mège"  qui ordonna quelques remèdes assez chers, qu'il vendait lui-même; mais ces remèdes restèrent sans succès.
Enfin on fit chercher un véritable médecin, et celui-ci, connaissant le genre de vie que Fritz avait mené, dit qu'il devrait prendre chaque jour un verre de bon vin.
Non, non, c'est impossible! s'écrie le malade, en rappelant la promesse qu'il avait faite. Mais on ne peut pas vous tirer d'affaire autrement. Ce ne peut être un péché de manquer à une promesse quand il s'agit de la santé et de la vie. Mais Fritz secoua la tête d'un air fort perplexe ; d'un côté, une médecine qui n'était pas à dédaigner, de l'autre la peur du châtiment.

Eh bien, reprit enfin le docteur, si deux hommes vous tiennent de sorte que vous ne puissiez résister, et qu'on vous verse un verre de vin dans la bouche, vous aurez la médecine dans l'estomac sans que votre promesse ait été violée. Non, non! crie le patient. Mais ce n'est qu'ainsi qu'on peut vous rétablir. Une seule personne suffit pour me tenir, et il faut qu'on m'ingurgite deux verres de vin.  Le docteur sourit et donna son consentement.

La médecine fit bon effet; Fritz reprit ses forces et fut complètement rétabli. Il se fit chaque jour verser deux verres de vin dans la bouche, pendant qu'un domestique le tenait à bras le corps. Dès Iors, il ne but jamais de vin d'une autre manière, et jamais plus de deux verres par jour. Fritz est mort à l'âge de 74 ans!!!

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