Mémoire de paradis - Etudes de l'impact des serments sur les engagements présents

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Contes à Rebours

Mémoire de Paradis

Tôt, ce vendredi, depuis le rebord de la fenêtre où je lézarde un café à la main, je contemple la Madone qui surplombe cet ancien village où je viens d'emménager. Ce lieu de quelques milliers d'âmes est préservé miraculeusement du modernisme bétonné avec pour tous commerces un bar/tabac et une boulangerie. La place rénovée du village permet à l'église, sans particularité aucune, de concurrencer la jolie petite mairie. Le maire et le curé se prendraient-ils pour Peppone et Don Camillo?
Je ne détourne le regard de cette colline ouvrant sur les Dombes que pour descendre chercher mon vélo. En roue libre jusque sur les berges qui conduisent au grand marché de Neuville-sur-Saône, je déboule devant les ouvriers étonnés d'être salués : belle journée, n'est-il pas? Me prends-je pour l'anglais que j'étais dans une vie antérieure.
Je n'entends pas leur salut ponctué d' un sourire amusé, les écouteurs d'un Smartphone émergeant de mes oreilles, disgracieux au possible.
Quelques mètres de piste cyclable plus loin et je plonge sous les arbres, sur un chemin de terre flanqué d'étroites pelouses où les tables en pierre attendent les pique-niqueurs.
Suis-je vraiment à quelques kilomètres de Lyon? Deux couples de cygnes majestueux glissent sans bruit parmi les nénuphars sur la surface scintillante de cette belle rivière au rythme du DIVANO d' ERA qui motive et scande mes coups de pédales.
Je me sens si léger que je souhaite le bonjour à tous les promeneurs que je croise du haut de ma monture au point de manquer me ficher par terre. Oups! Du calme, du calme, me dis-je en retrouvant mon équilibre. Pas besoin de s'exciter comme ça. En regardant de nouveau mon chemin, je remarque que le soleil ne traverse pas totalement les feuillages. Un treillis de lumière danse sur mes bras et je hume les parfums de la rosée matinale. T-shirt, jeans et baskets aux pieds, vingt euros en poche, les clés dans le panier, il me semble que je suis heureux.
Je bénis mes parents de m'avoir donné la vie, le ciel de m'avoir permis de cheminer jusque là, et de m'avoir accordé la grâce de ces moments de bonheur.
A ce jour, Je ne savais pas ce que pleurer de joie signifiait. Le dos semble plus droit, le pouls plus lent, un sourire bêta anime ma tête vide et mon visage déridé comme celui d'un enfant. Une larme possédée d' une vie réfractaire à tout refoulement, semble plus chaude, scintille en suspens, le temps si éphémère d'une Mémoire de paradis perdu....



Emilio d' Avallon



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