Voyages et Aventures des Trois Princes de Serendip - Etudes de l'impact des serments sur les engagements présents

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Contes à Rebours

Les Trois Princes de Serendip
(SERENDIP <= nom persan : Ceylan ou Sri Lanka <= nom arabe Sarandib <= tamoul Seren deevu <= sanscrit Suvarnadweepa = ILE DOREE)

Le roi de Serendip envoie ses 3 fils à l'étranger pour leur éducation. Ils partent à pied et vivent de nombreuses aventures au cours desquelles ils ne cessent de trouver des indices en apparence sans rapport avec leur objectif, souvent très ténus grâce auxquels ils remontent logiquement à des faits dont ils ne pouvaient avoir aucune connaissance par ailleurs.
".../...Un jour, ils passèrent sur les traces d'un chameau. L'aîné observa que l'herbe à gauche de la trace était broutée mais que l'herbe de l'autre côté ne l'était pas. Il en conclut que le chameau ne voyait pas de l'œil droit. Le cadet remarqua sur le bord gauche du chemin des morceaux d'herbes mâchées de la taille d'une dent de chameau. Il reconnut alors que le chameau aurait perdu une dent. Du fait que les traces d'un pied de chameau était moins marquée dans le sol, le benjamin déduisit que le chameau boitait.
Tout en marchant, un des frères observa des colonnes de fourmis ramassant de la nourriture. De l'autre côté, un essaim d'abeilles, de mouches et de guêpes s'activait autour d'une substance transparente et collante. Il en déduisit que le chameau était chargé d'un côté de beurre et de l'autre de miel. Le deuxième frère découvrit des signes de quelqu'un qui s'était accroupi. Il trouva aussi l'empreinte d'un petit pied humain auprès d'une flaque humide. Il toucha cet endroit mouillé et il fut aussitôt envahi par un certain désir. Il en conclut qu'il y avait une femme sur le chameau. Le troisième frère remarqua les empreintes des mains, là où elle avait uriné. Il supposa que la femme était enceinte car elle avait utilisé ses mains pour se relever.
Les trois frères rencontrèrent ensuite un conducteur de chameau qui avait perdu son animal. Comme ils avaient déjà relevé beaucoup d'indices, ils lancèrent comme boutade au chamelier qu'ils avaient vu son chameau et, pour crédibiliser leur blague, ils énumérèrent les sept signes qui caractérisaient le chameau. Les caractéristiques s'avérèrent toutes justes. Accusés de vol, les trois frères furent jetés en prison. Ce ne fut qu'après que le chameau fut retrouvé sain et sauf par un villageois, qu'ils furent libérés. Ils furent convoquer par Vahram qui leur demanda comment ils avaient deviné. Les 3 princes expliquèrent qu'ils avaient été capables de décrire précisément ce chameau qu'ils n'avaient jamais vu : « J'ai cru, seigneur, que le chameau était borgne, en ce que j'ai remarqué d'un côté que l'herbe était toute rongée, et beaucoup plus mauvaise que celle de l'autre, où il n'avait pas touché ; ce qui m'a fait croire qu'il n'avait qu'un œil, parce que, sans cela, il n'aurait jamais laissé la bonne pour manger la mauvaise. » Vahram gracie alors les trois princes, les comble de somptueux présents et les nomme conseillers. Ce sont ces récompenses non recherchées (« serendipiteuses ») qui sont le résultat final de leur sagacité.
.../...Les trois princes reçoivent des récompenses qu'ils ne cherchaient pas (mariages avec de belles princesses, royaumes, richesse, etc.) pour leurs découvertes, astucieuses ou accidentelles. .../...Ils rencontrent par hasard et délivrent une jeune esclave dans la forêt, il s'agit aussi d'une situation « serendipiteuse ».
Après beaucoup d'autres voyages, il rentrèrent dans leur pays pour succéder à leur père.»

Extrait du conte Les Pérégrinations des trois fils du roi de Serendip d'Amir Khusrau, poète persan. (Premier conte du recueil Hasht Bihisht, « Les Huit Paradis », 1302.)


Ce conte a inspiré Voltaire et son héros Zadig qui décrit de manière détaillée une chienne et un cheval en déchiffrant des traces sur le sol ; il est accusé de vol et se disculpe en refaisant de vive voix le travail mental effectué (un profond et subtil discernement), pour parvenir à ses conclusions. Voltaire n'évoque pas le hasard mais parle d'une « bizarrerie de la providence », introduit également le suspense dans son récit, alors que dans le conte oriental on sait tout de suite que les 3 princes n'ont pas vu l'animal.


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